Philippe Séguin est mort LEMONDE.FR avec AFP | 07.01.10
Philippe Séguin, premier président de la Cour des comptes, est mort dans la nuit de mercredi à jeudi à l'âge de 66 ans. Cette information de RTL jeudi matin a été confirmée par l'UMP sans aucune précision. On apprenait de source policière et auprès d'un de ses proches, que M. Séguin est mort à son domicile à Paris, dans le 15e arrondissement, d'une crise cardiaque. Les pompiers appelés sur place ont constaté son décès vers 7 h 20.
Né le 21 avril 1943 à Tunis, Philippe Séguin fut notamment ministre des affaires sociales et de l'emploi dans le gouvernement de Jacques Chirac entre 1986 et 1988, puis président de l'Assemblée nationale de 1993 à 1997. En 1992, à rebours du RPR, ce gaulliste convaincu s'était engagé pour le "non" au traité de Maastricht, acceptant de débattre face au président socialisteFrançois Mitterrand, partisan du "oui".
Philippe Séguin avait été l'une des chevilles ouvrières de la victoire présidentielle de Jacques Chirac, en 1995, avant de présider le RPR et de se présenter à la mairie de Paris face au socialiste Bertrand Delanoë, en 2001. Il était premier président de la Cour des comptes depuis juillet 2004.
Le "grizzly" s'est retiré. Philippe Séguin, premier président de la Cour des Comptes et ancien ministre gaulliste, était une forte personnalité de la droite française, qui a bâti sa carrière politique sur de fameux "coups de gueule" en plaçant au premier plan un sourcilleux besoin d'indépendance.
Le 16 avril 1999, il claque la porte de la présidence du RPR. La démission soudaine du "grizzly" est bien dans le caractère de cet homme ombrageux et inclassable. "Il est tellement solitaire qu'il sera toujours un baryton sans orchestre", dira de lui Jacques Chirac, cité par Franz-Olivier Giesbert dans "La tragédie du président" (Flammarion).
Les deux hommes ont, il est vrai, toujours eu des relations houleuses. Et en 1999, c'est parce qu'il refuse la mainmise de l'Elysée sur le RPR que Philippe Séguin démissionne à six semaines des élections européennes, après deux années passées à la tête du parti gaulliste. Il laisse à son second, Nicolas Sarkozy, le soin de gérer les décombres.
Décrit comme un tyran par ses collaborateurs, Philippe Séguin morigène adversaires et "amis" avec la même fougue. Ses longs soupirs, ses yeux levés vers le ciel lorsqu'on lui parle de tel ou tel en disent long sur l'estime dans laquelle il tient la quasi-totalité du personnel politique.
Gaulliste avant tout, homme du "non" à Maastricht, il a représenté la "conscience de gauche" du RPR. Du gaullisme, il a pu dire avec Charles Pasqua qu'il est "ce qu'il y a de mieux à droite et ce qu'il y a de mieux à gauche". A gauche, précisément, il a suscité l'estime de beaucoup. Pierre Bérégovoy, en son temps, a souvent rendu hommage à "cet homme respectable".
Les Français le découvrent en 1986 lorsque Jacques Chirac, alors Premier ministre de la première cohabitation, l'appelle au ministère des Affaires sociales et de l'Emploi. A ce poste, il supprimera l'autorisation administrative de licenciement.
Quarante ans plus tôt, Philippe Séguin fréquentait le lycée Carnot de Tunis, où il est né le 21 avril 1943 et passa dix années. En France, il poursuit sa scolarité au lycée de Draguignan puis, baccalauréat en poche, cet élève brillant, pur produit de l'école publique, décroche une licence de lettres. Diplômé de l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence, il réussit le concours de l'ENA. Il devient en 1973 conseiller à l'Elysée, sous Georges Pompidou.
Elu député des Vosges en 1978, il occupe une place de plus en plus importante au RPR, ce qui lui vaut son ministère en 1986. Entre temps, il est devenu maire d'Epinal.
Après la cohabitation, ce grand amateur de football, devenu un "mammouth" du RPR, s'allie avec Charles Pasqua contre Jacques Chirac. Mais son offensive est contrée par Alain Juppé, alors secrétaire général du mouvement.
L'année 1992 sera celle de la consécration. Il prend avec Charles Pasqua la tête des opposants au traité européen de Maastricht. A l'Assemblée nationale, une nuit de juin, il consacre trois longues heures à dépecer le traité, sous l'oeil approbateur de Jean-Pierre Chevènement, ce "républicain de l'autre rive". Son réquisitoire contre les pertes de souveraineté qu'implique Maastricht fera vaciller la moitié du groupe RPR. Jacques Chirac, alors président du RPR, se fera copieusement siffler lorsqu'il annoncera devant les cadres du mouvement son "oui" au référendum.
Honneur suprême, c'est Philippe Séguin que François Mitterrand choisit pour débattre à la télévision du traité de Maastricht, qui sera ratifié d'extrême justesse en septembre 1992. La défaite, si courte, équivaut à un triomphe pour le député-maire d'Epinal.
Ce "hussard de la République" anime ensuite d'une façon décisive la campagne présidentielle de 1995, si mal engagée pour Jacques Chirac. Il se transforme en redoutable pourfendeur de la "pensée unique", symbolisée à ses yeux par Edouard Balladur.
Dénonçant un "Munich social", il exige le retour du "politique" dans ce monde dominé par les marchés financiers où les gouvernants "ne semblent avoir prise sur rien".
Mais après la victoire de Jacques Chirac, c'est son rival de toujours, Alain Juppé, qui s'installe à Matignon. Jugé décidément trop incontrôlable, il revient à la présidence de l'Assemblée nationale, conquise en 1993, d'où il défend sa vision exigeante de la société et ne se prive pas de critiquer l'action du Premier ministre.
Fin mai 1997, Jacques Chirac fait appel à lui entre les deux tours des législatives pour tenter de retourner la situation. Mais il n'y aura pas "d'effet Séguin": Matignon revient encore à un autre, le socialiste Lionel Jospin.
En 2001, Philippe Séguin se lance un nouveau défi en prenant la tête de la liste RPR pour la mairie de Paris, alors tenue par Jean Tiberi. Mais la droite est divisée, et la campagne tourne à l'humiliation publique: c'est le socialiste Bertrand Delanoë qui l'emporte.
Philippe Séguin abandonne tous ses mandats un an plus tard, refuse d'entrer à l'UMP et regagne son corps d'origine: en 2004, il devient premier président de la Cour des comptes, d'où il était inamovible jusqu'en 2012. Cela aurait pu être une retraite sans gloire, mais l'homme s'y épanouit en distribuant bons et -surtout- mauvais points aux gouvernements successifs sur la gestion des deniers publics. AP
NICOLAS SARKOZY Hommage à M. Philippe Seguin Aujourd'hui à 10:13
Il tient à exprimer à sa famille sa sympathie la plus attristée et la part qu’il prend à son chagrin. Tous ceux qui l’ont connu et l’ont côtoyé, ses proches, ses amis, ses collaborateurs, garderont le souvenir d’un homme particulièrement attachant, d’un homme à l’intelligence rare, d’un homme au tempérament chaleureux et généreux, d’un homme entier et absolument passionné. Passionné par le sport et l’histoire politique dont il était l’un des plus fins connaisseurs. Passionné surtout par la France, sa République et son Etat, il a consacré toute sa vie, toute l’étendue de ses talents et la force exceptionnelle de ses convictions à la chose publique.
Son parcours hors du commun, depuis la Tunisie de son enfance jusqu’à nos plus hautes institutions, son admiration inconditionnelle pour les idées et l’action du Général de Gaulle, avaient fait naître en lui un dévouement de tous les instants, qui n’a jamais été pris en défaut, pour les valeurs de la République, pour son école, pour l’intérêt général et pour notre indépendance nationale.
En tant que député-maire d’Epinal, puis comme ministre des affaires sociales, il a agi en permanence selon ses convictions politiques et les valeurs auxquelles il était tant attaché, en s’efforçant de permettre à tous d’avoir accès au progrès, avec le souci constant de concilier sans jamais les opposer le progrès économique et la justice sociale, avec la préoccupation chevillée au corps d’une gestion rigoureuse des deniers publics.
Philippe Séguin n’était pas homme à transiger avec ses convictions. Chacun a en mémoire son combat homérique lors de la campagne du référendum sur le Traité de Maastricht où il déploya ses remarquables capacités d’orateur pour défendre sa vision de la souveraineté du peuple français.
Son élection à la Présidence de l’Assemblée nationale en 1995, sa désignation en 2004 quelques années plus tard comme Premier Président de la Cour des Comptes, ont achevé de faire de lui l’une des grandes figures et l’une des grandes voix de notre vie nationale. Elles nous manqueront.
