« Faire revivre le Bouvet une dernière fois »
Le Bouvet était un escorteur d'escadre. À sa grande époque, il servait de protection anti-sous-marins et antiaérien.
Vieux navire de guerre servant aujourd'hui de brise-lames, le Bouvet sera détruit. Certains le regrettent, comme Simon Jack. Il voudrait le voir revivre, mais comment ?
L'histoire
Après avoir servi sur toutes les mers du globe, désarmé, le Bouvet sert de brise-lames au petit port de plaisance de la base des commandos de marine, sur la rive gauche du Scorff, depuis 1982. Au grand désespoir d'anciens marins du patrouilleur, comme Simon Jack, 74 ans aujourd'hui, et l'un des premiers à avoir posé son package à bord. « J'ai embarqué sur le Bouvet le 1er janvier 1956 comme quartier-maître avant de devenir officier marinier mécanicien. Je suis monté à bord dès sa sortie de la grande forme à Lanester. »
« Au Péristyle ? »
Une fois fini, ce bâtiment de 128 mètres de long pour 300 hommes d'équipage, l'a emmené à Santa Cruz, Ténérife, Casablanca, Oran, Jaffa, etc. « C'était un bâtiment très chouette, de 63 000 chevaux ! Il a calé son lock (sa vitesse maximum) à 42,5 noeuds, au sud des Glénan. »
Cinquante-quatre ans plus tard, Simon est toujours attaché à son escorteur d'escadre. « J'aimerai bien le voir revivre un peu avant qu'il ne parte à la casse. » Lorientais, comme le Bouvet construit au chantier naval, il estime qu'on pourrait lui rendre un dernier hommage avant de l'envoyer à la démolition, prévue par la Marine d'ici 2014.
« Je pense qu'à Lorient, une ville maritime par excellence, on puisse faire quelque chose pour le Bouvet. Ca m'attriste de le voir là, en train de pourrir. On pourrait lui donner un coup de peinture et le mettre à quai au Péristyle, comme ça, les gens qui viennent se promener au bord du Scorff verraient un navire de guerre. On a des bassins, des quais, mais pas toujours des bateaux... » Il a fait part de son idée à la mairie de Lorient, mais on lui a répondu qu'il y avait d'autres priorités.
Mettre à quai un navire de guerre, la ville de Bordeaux l'a déjà fait avec le croiseur qui a participé à la première guerre du Golfe le Colbert. Avec succès dans un premier temps. Visitable, il avait accueilli 100 000 personnes la première année en 1993, mais la baisse de fréquentation et les travaux nécessaires à son entretien (1,5 million d'euros) avaient poussé la ville à s'en séparer.
Et si on en gardait un petit morceau ? Simon Jack pense à son matricule, D 624, toujours sur la coque, caché sous une épaisse couche de peinture, où les inscriptions « Honneur et Patrie » et « Valeur et Discipline », devises de la Marine qui étaient placées bien en évidence, l'arrondi caractéristique de sa poupe ou le spardeck avant. « À la base des sous-marins, ils ont bien gardé un sous-marin. »
Olivier CLÉRO.
Le Bouvet sert de brise-lames.
archives Ouest-France