« Un sortant, deux bilans », Le Télégramme – mardi 02 mars 2010
Régionales. Un sortant, deux bilans
Aujourd’hui adversaires, Jean-Yves Le Drian et Bernadette Malgorn ont, entre2004 et2006, copiloté la Bretagne, lui en tant que président du conseil régional, elle en tant que préfète de Région. Une «cohabitation» dans laquelle la candidate de la majorité présidentielle puise certains de ses arguments de campagne quand elle juge le bilan du sortant socialiste.
Bernadette Malgorn, tête de liste de la majorité présidentielle, le reconnaît volontiers: la politique des transports régionaux de la gauche a été plutôt bien menée, avec des investissements forts dans le TER. Mais elle se garde bien de lui en attribuer tout le mérite: «La gauche a poursuivi l’action engagée par la majorité précédente», remarque-t-elle. Une réserve toutefois: «L’organisation des transports régionaux, départementaux et locaux, n’est pas optimisée», avec des superpositions de lignes concurrentes et des secteurs délaissés. Certes, Jean-Yves Le Drian a tenté de mieux coordonner le train régional avec les autocars des départements et les bus urbains. Mais si la collaboration a débouché sur des accords tarifaires et billettiques, l’harmonisation des voyages ne s’est pas faite. «Il faut ouvrir le dialogue sans avoir une attitude de propriétaire», insiste Bernadette Malgorn. «L’objectif est de réduire le coût, supporté par les contribuables, tout en assurant un meilleur service». À propos du TGV, pour lequel la Région prévoit un investissement de 650M€, la candidate estime que «l’engagement du conseil régional était nécessaire», comme la négociation avec les autres collectivités bretonnes qui permettra d’ajouter400M€.
L’entreprise dans les lycées
Dans les lycées, Bernadette Malgorn considère que la Région a bien rempli son rôle de propriétaire des bâtiments en y réalisant d’importants investissements en matière de sécurité et d’énergie. Même satisfecit pour l’animation de la vie lycéenne, avec le conseil régional des jeunes («mis en place par Josselin de Rohan») qui fonctionne bien, et le dispositif «Karta» d’accompagnement des projets pédagogiques. Mais il y a selon elle un manque que la gauche n’a pas l’habitude de combler: «Je souhaite décloisonner le monde de l’entreprise du monde de la formation, et ça vaut déjà dans les lycées». Comment? «Par des labellisations lycée-entreprise et par la création de junior-entreprises et junior-associations destinées à développer l’esprit d’initiative». La candidate veut aussi accompagner plus fortement le développement des internats («notamment pour les filles, pour lesquelles l’offre est moindre») et développer autour de ces hébergements des pôles de formation spécialisés. Et pour l’apprentissage? Elle estime que les dispositifs mis en place fonctionnent correctement «mais il y a eu beaucoup de temps perdu avant que le président parvienne à vaincre les réticences internes, propres à la gauche».
L’économie bureaucratisée
Pas de surprise: c’est sur l’action économique que Bernadette Malgorn se montre la plus critique. «L’agriculture et l’agroalimentaire n’ont pas été suffisamment accompagnés», soutient-elle. À propos du tourisme, «il y a eu un bon schéma, un bon diagnostic, de bonnes orientations mais rien ne s’est passé depuis. Le gros problème, c’est que la politique régionale est si illisible qu’elle est incompréhensible pour les professionnels». Cette illisibilité est un grief constant qu’elle nourrit à l’encontre de l’action économique régionale. La cause: «La bureaucratisation des dispositifs d’accompagnement des entreprises», avec «trop d’exigences de dossiers et d’études, trop de temps avant de dire oui et trop de découragement des porteurs de projet». Pour elle, il convient de «faire confiance d’abord et d’évaluer ensuite». Parce qu’il faut aller vite et parce que le soutien à l’innovation implique forcément une part de risque.
Pousser vers l’ouest sans nuire à Rennes
Quant à la politique d’aménagement du territoire, Bernadette Malgorn l’aurait voulue plus volontariste en matière de rééquilibrage entre l’est et l’ouest de la région. «Il est indispensable d’avoir un pôle de développement autonome à l’ouest, sinon toute une partie de la Bretagne va s’effilocher», affirme-t-elle. «Il ne s’agit pas d’enlever à Rennes pour donner à Brest mais de faire décoller une dynamique à l’ouest, ce qui ne nuirait en rien à Rennes». Pour elle, «les clés de répartition des aides régionales ne sont pas idéales». Elle cite l’accès au numérique pour lequel «le mode de calcul de la subvention régionale aboutit à aider autant que les autres les territoires où la couverture commerciale existe déjà». Résultat: «Pour le Centre-Bretagne, où le coût d’équipement est nettement supérieur, l’aide n’est pas proportionnelle. Ce n’est pas équitable, la Région n’a pas joué son rôle de solidarité».
- Alain Le Bloas
