Régionales. Les craintes à gauche de Le Drian 25 février 2010
Personne à gauche n'imagine que Jean-Yves Le Drian puisse être devancé au premier tour, ni que sa présidence vienne à lui échapper. Pour autant, le leader socialiste semble mal à l'aise. Son souci? La floraison de listes concurrentes, au premier rang desquelles celle des Verts et de l'UDB, menée par Guy Hascoët.
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Voici un an, les européennes résonnaient comme un coup de tonnerre dans le ciel serein des socialistes bretons: pour la première fois, ils étaient relégués au rang de deuxième parti de gauche, à0,25% derrière Europe Écologie. Un résultat qui, aux yeux du président de la Bretagne, ne pouvait que changer aussitôt le statut de ses alliés Verts etUDB: ils étaient désormais des concurrents potentiels pour les régionales qui, déjà, se profilaient à l'horizon. Logiquement dopés par leurs 17,26%, ils ont effectivement décidé de mener leur propre liste au premier tour. Au grand dam du président, chagriné de voir ainsi sa majorité si loyale durant six ans, s'éparpiller ainsi.
Leader de poids
Il peut être d'autant plus chagriné que la liste Europe Écologie Bretagne a su se trouver un leader de poids en la personne de Guy Hascoët. À 49 ans, il peut afficher un CV qui n'a rien à envier à celui de Jean-Yves Le Drian. Comme lui, il a été secrétaire d'État et député, et il a l'expérience des affaires communales et métropolitaines (à Lille) mais aussi régionales (vice-président de la région Nord-Pas-de-Calais). Comme lui, c'est un homme avenant doublé d'un bosseur sérieux: on a vu comment il s'est imprégné en quelques semaines des dossiers bretons, au point de pouvoir aujourd'hui en débattre comme s'il était élu sortant. Guy Hascoët est aussi un habile négociateur. Il l'a prouvé dans son parti, dans sa région d'alors comme au gouvernement. Et, tout récemment, en réussissant à faire l'unanimité des Bretons Verts etUDB sur son nom. Ce n'était pourtant pas gagné d'avance: Manceau d'origine, Lillois et Parisien de carrière, retiré de la politique depuis plusieurs années, il était regardé de travers comme peuvent l'être un parachuté, doublé d'un cheval de retour. Lui-même n'était pas chaud pour y aller. Il a fallu toute l'amicale persuasion des conseillers régionaux Janick Moriceau et Michel Balbot, ainsi que du secrétaire régional des Verts Stéphane Bigata pour le faire sortir de sa maison de Trébeurden (22) où il a élu domicile voici quelques années.
L'ogre et les grignoteurs
Un engouement écolo croissant, un superbe résultat électoral tout récent, et un leader de haut niveau: chez EEB, on croit à la dynamique sans rêver pour autant de coiffer les socialistes au poteau, le soir du 14mars. «Notre objectif est d'atteindre 15%», annonce Guy Hascoët, imperméable aux mouvements de yoyo des sondages (lire ci-dessous). Dans son entourage, les moins optimistes considèrent que la barre des 13% sera déjà un beau succès qui pèsera lourd sur les négociations de second tour. Mais il n'y a pas qu'EEB. Il y a aussi la liste Front breton de gauche de Gérard Perron, née d'une scission chez les communistes, dont une forte minorité d'adhérents bretons (43%) avait voté contre l'union PS-PC dès le premier tour. Et ChristianTroadec, élu en 2004 dans le «contingent» Verts-UDB, qui part avec le Parti breton. Et le PRG, resté sur le sable faute d'accord avec le PS, qui soutientEEB. Et «Solidarité et progrès», affiché divers gauche. Et l'extrême-gauche, avec Lutteouvrière et le NPA. Au total, six autres listes de gauche qui ne veulent qu'une chose: grignoter les voix de l'ogre socialiste coupable à leurs yeux du péché d'hégémonie.
Qui au second tour?
Pour peu qu'elles en chipent, ces voix feront cruellement défaut à Le Drian lorsqu'il s'agira de constituer l'équipe de fusion du 21mars. Ce sera d'autant plus difficile pour lui que son équipe de premier tour a déjà été largement ouverte à BretagneÉcologie (pour tenter de faire barrage à EEB), aux communistes «majoritaires» et à la société civile. Comment s'y prendra-t-il pour faire de la place à l'autre (ou aux autres) liste, si le résultat l'y contraint? En rognant sur les candidats socialistes? Le PS, déjà remonté contre l'ampleur de l'ouverture, ne l'acceptera pas. En débarquant ses alliés du premier tour au profit de ses concurrents? Ce serait inélégant et ce n'est pas son genre...
Le confort absolu
C'est là que se nourrit l'angoisse du président. Voici six ans, il était seul qualifié à gauche: avec9,7%, la liste Verts-UDB était contrainte à la fusion et n'a pas obtenu le nombre d'élus qu'elle voulait. De plus, le score du second tour était tel (59%) que la seule liste PS a décroché la majorité absolue des sièges à l'assemblée. Un «absolutisme» dont les socialistes n'ont pas abusé (ni même usé), mais qui était évidemment d'un grand confort dans la quête permanente de consensus deLe Drian. Ce dernier craint aujourd'hui de devoir affronter un second mandat plus sportif, avec une opposition que Bernadette Malgorn ne manquera pas de muscler, et surtout des alliés qui se montreront exigeants à la mesure de leur présence dans l'hémicycle.
Seule la victoire...
Une élection disputée dans son camp de gauche, une campagne dont il est la première cible, des tensions dans son propre parti, l'émergence de fortes personnalités à droite et à gauche et la perspective d'une gouvernance difficile au consensus improbable... S'il gagne, ce dont personne à gauche ne semble douter, Le Drian pourra se consoler avec l'aphorisme philosophico-sportif selon lequel «seule la victoire est jolie». Mais, Dieu, que la guerre est moche, pourra-t-il ajouter.
- Alain Le Bloas

Régionales. Les craintes à gauche de Le Drian.
Les négociations entre Jean-Yves Le Drian et Guy Hascoët (à droite) s'annoncent très serrées entre les deux tours. Photos Yvon Corre et François Destoc