letelegramme.com Régionales. Le grand bond de Bernadette Malgorn
Le Télégramme poursuit sa série sur les têtes de liste des régionales. Bernadette
Malgorn conduit la liste UMP-Majorité présidentielle.
Jamais une candidature aux régionales n'a provoqué un tel remue-ménage en Bretagne! Bernadette Malgorn, l'ex-patronne des préfets au ministère de l'Intérieur, aurait probablement préféré une entrée en politique plus discrète. En revenant dans sa région natale, elle se doutait qu'elle entendrait quelques bruits de casseroles. Mais à ce point-là...
Du bras de fer à la fronde
Ses opposants ont voulu y voir un parachutage téléguidé par Nicolas Sarkozy. Elle, en se définissant comme «Bretonne de tripes», ne parle que d'un retour au pays pour servir sa région à la lumière d'une expérience unique dans les sphères du pouvoir. Le rôle de Nicolas Sarkozy dans ce retour? Bernadette Malgorn ne l'évoque jamais. Il est vrai que l'Élysée a souvent baigné dans l'ambiguïté, réservant au villepiniste JacquesLe Guen un traitement de faveur parfois poussé jusqu'à la complaisance. Au point de faire traîner un interminable bras de fer finistéro-finistérien d'où l'ex-préfète de région est finalement sortie vainqueur. Après avoir reçu le soutien des quatre départements bretons, elle conduit la liste régionale de la Majorité présidentielle et a réussi à surmonter la fronde des parlementaires UMP du Finistère, ligués contre elle dans la dernière ligne droite de la primaire.
Le choc de deux mondes
Pourquoi le bras de fer individuel Malgorn-Le Guen a-t-il tourné à la fronde collective? Probablement parce que l'enjeu de pouvoir dépasse largement ce scrutin. Bernadette Malgorn n'a pas abandonné le poste qu'elle occupait au ministère de l'Intérieur pour une très hypothétique victoire aux régionales. Si elle a osé le grand bond, c'est pour s'investir politiquement dans son Finistère natal, comme elle l'a plusieurs fois indiqué. Et prendre date avec le futur. L'ambition affichée par cette nouvelle venue a eu pour effet de resserrer les rangs des parlementaires finistériens (Le Guen, Lamour, Ménard, Paul...), créant une inattendue coalition villepino-sarkozyste contre la chef de file des régionales. Et jetant une soudaine lumière crue sur l'opposition entre deux mondes: l'univers politique, fait de négociations et de compromis allant parfois jusqu'à la compromission, de l'autre le monde de la préfectorale où il faut un chef. Et un seul. Le choc de deux cultures poussées à l'extrême, trouvant leur terreau dans une région sans leader où chacun est maître chez soi. Fût-ce d'un simple lopin de terre.
Rien à perdre!
Désormais la route est dégagée. Bernadette Malgorn s'y est engagée résolument mais avec un sac à dos lesté de plomb. Le résultat de 2004 (plus de 59% pour la liste Le Drian), le double jeu de Jacques Le Guen, son colistier-boulet, le lancement d'une liste du monde agricole, secteur traditionnellement à droite... Rien ne lui est épargné et au jeu des pronostics, ses chances de déboulonnerLe Drian sont infimes, d'autant que ses moyens financiers le sont aussi. Elle a même demandé à chaque candidat en position éligible une participation de4.000€ aux frais de campagne. Mais ces handicaps font aussi sa force. Elle n'a rien à perdre dans sa Bretagne natale où la droite a successivement été évincée de la Région, de trois départements sur quatre et de la quasi-totalité des grandes villes. Alors Bernadette Malgorn fonce, incarnant une forme de renouveau. De l'emploi des jeunes à un sommet interrégional à Redon avec l'UMP ChristopheBéchu (tête de liste des Pays- de-la-Loire), elle est partout. Septjours sur sept. Et elle qui lança le concept de «métropolisation» de Brest, quand elle était préfète de région, n'ignore pas qu'elle a aussi une carte à jouer dans ce domaine-là. Car là plane la zone d'ombre du bilan LeDrian: sous sa mandature, le fossé s'est encore creusé entre l'est et l'ouest de la Bretagne. Un redoutable défi pour l'avenir.
- René Perez