Groix (56). Une démolition qui fait polémique

Publié le par Mag M de G

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Groix (56). Une démolition qui fait polémique
«Est-il si urgent de dépenser 360.000€ d'argent public pour raser une villa?», dénonce Jacques Lescault, président de l'association Les Petites îles de France. Photo Bernard Vanoni

 

Acheter une maison sur une île pour la détruire choque quelques esprits cartésiens. La récente acquisition du Conservatoire du littoral à Groix a fait sortir de ses gonds le président des Petites îles de France qui dénonce un gâchis de l'argent public.


Qu'on débarrasse les baraques à frites et les voitures de la pointe du Raz, Jacques Lescault dit «bravo». Le président de l'association Les Petites îles de France est, en revanche, beaucoup plus incisif sur la dernière acquisition, à Groix, du Conservatoire du littoral. «Acquérir pour détruire, cela me choque. Est-il si urgent de dépenser 360.000€ d'argent public pour raser une villa?», dénonce Jacques Lescault. Pour lui, cet épisode est le signe d'une dérive. «Ce n'est pas esthétique, alors on démolit. Le Conservatoire s'est inventé une nouvelle mission de salubrité paysagère».

«Le Conservatoire c'est notre prédateur»

Jacques Lescault, propriétaire d'une île près de Bréhat (22), ne s'en cache pas. «Le Conservatoire, c'est notre prédateur». L'association (une centaine de membres dont 80% en Bretagne) reproche à l'organisme d'État d'être «trop intrusif». «Notre métier n'est pas de vendre les îles et de spéculer. Les propriétaires sont de bons gardiens et n'ont aucune envie de transformer la Bretagne en côte espagnole. Il n'y a, en général, aucun motif écologique à intervenir de la sorte». Mais privées ou pas, les îles sont soumises à des règles assez strictes. D'où des tensions récurrentes, surtout en Bretagne qui abrite la plupart des îles privées de France. Selon Jacques Lescault, le Conservatoire du littoral suivrait d'un peu trop près les transactions entre propriétaires. «Il se comporte comme un chevalier blanc de la spéculation immobilière. Son droit de préemption lui permet d'être informéen priorité lors d'une vente. C'est de cette manière que le Conservatoire s'est constitué une réserve foncière. En prenant la place des particuliers». Depuis le Grenelle de la mer, la volonté de reprendre la main sur les îles serait encore plus manifeste. «L'acquisition de Groix en est un nouvel exemple. Jusqu'où va-t-on aller si le Conservatoire a décidé de raser toutes les villas peu esthétiques sur la côte. Et à quel prix, en pleine crise!».

«Des empêcheurs de spéculer»

Pour le Conservatoire du littoral, l'acquisition de la villa est, au contraire, «exemplaire». «On a acheté cette maison en dessous du prix des Domaines, en totale transparence avec les services communaux, défend Denis Bredin, de l'antenne régionale basée à Plérin (22). Cette maison isolée mobilise déjà de l'argent public (entretien de voirie...). Au final, on équilibrera la facture». L'établissement public revendique plutôt des relations apaisées avec les propriétaires privés. «On réalise souvent des acquisitions amiables avec les propriétaires privés comme cela a été le cas récemment, sur l'île de Saint-Riom, près de Paimpol (22)». Une acquisition rendue possible grâce à un legs de 2,2M€, signale-t-il au passage. «On a bien essayé de discuter avec cette association. Mais elle considère que chaque île est un royaume indépendant. Je crois surtout qu'on les empêche de spéculer tranquillement». Être propriétaire d'une île n'est donc pas toujours une sinécure.
Régis Nescop

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